Les éléménts clés pour aboutir à une construction à la fois écologique et durable

La lutte contre le changement climatique devient de plus en plus importante, et un certain nombre de mesures sont donc prises pour éviter d’atteindre le point de non-retour. La réduction des émissions de gaz à effet de serre, la consommation d’énergie et l’utilisation des ressources naturelles sont désormais une priorité. En conséquence, le concept d’architecture durable est de plus en plus entendu : ce type de bâtiment est un bâtiment qui réfléchit à son empreinte environnementale dès la phase de projet, en tenant compte des impacts qu’il aura sur sa construction, sa durée de vie et sa démolition. Grâce à cette attention précoce, les mesures et décisions appropriées peuvent être prises pour réduire l’impact environnemental. Caractéristiques d’une architecture durable. Nous allons maintenant expliquer les différentes techniques utilisées dans l’architecture durable pour réduire l’impact généré par sa construction.

Développement durable et révolutions écologiques

Dans les sociétés primitives aussi bien que dans les sociétés traditionnelles et pour une grande partie de l’espace terrestre, jusqu’au milieu du XXe siècle encore, les groupes dépendaient en totalité de l’énergie solaire transformée par les plantes en énergie chimique potentielle, celle des aliments ou du bois de chauffage, ou véhiculée sous forme d’énergie mécanique par les turbulences de l’air et les mouvements des eaux. Les hommes n’avaient pas accès à des formes concentrées d’énergie : pour eux, la nature était avare. C’est la vision qui domine au moment où l’environnementalisme triomphe. La révolution industrielle modifie la situation : la mobilisation des énergies fossiles et la meilleure utilisation de celles du vent et des eaux permettent de mettre en œuvre des formes concentrées d’énergie en quelques points ou régions ; elles conduisent aussi à l’amélioration des transports : une bonne partie des contraintes que l’environnement imposait aux hommes disparaît maintenant que ceux-ci peuvent s’approvisionner ailleurs. Comme les formes d’énergie concentrées ne sont encore disponibles qu’en un petit nombre de points, il est facile d’exporter les déchets et les eaux usées qu’elles produisent vers des zones à utilisation moins intensive, où ils sont recyclés par les écosystèmes en place. La première révolution écologique a eu lieu : elle conduit à une vision optimiste des rapports entre les hommes et leur environnement. La poursuite du progrès modifie cette situation. Il est désormais possible d’avoir partout accès à des formes concentrées d’énergie, si bien que la solution qui consiste à exporter les déchets vers des zones encore traditionnelles n’est plus possible. Les écosystèmes touchés par la modernisation ne sont pas capables de traiter les quantités croissantes de matière qui leur sont injectées. Leur limite de résilience a été dépassée. L’environnement se dégrade. Le temps est de nouveau au pessimisme écologique, mais cette fois, ce n’est plus la nature qui en est coupable par suite de son avarice. Ce sont les hommes qui en sont responsables, parce qu’ils détraquent les systèmes naturels. La recherche du développement durable correspond exactement à cette situation : les hommes sont désormais comptables du devenir de la nature. C’est la seconde révolution écologique du monde contemporain. Celle-ci modifie la place que tient l’humanité dans l’environnement, et lui impose la prévoyance en ce domaine (Jonas, 1990). Le principe de responsabilité s’impose :  Le principe responsabilité prend acte d’un changement majeur : l’essence de l’agir humain s’est transformée. Les hommes ont désormais les moyens techniques d’altérer puis de détruire de manière irréversible et définitive leur environnement. Ce dernier terme remplaçant d’ailleurs significativement le mot Nature  qu’il n’est sans doute plus pertinent d’employer.

A l’arrière-plan des transformations : de nouvelles conceptions de la nature

L’idée que l’environnement est menacé ne date pas des années 1950 ou 1960. Elle s’appuie sur une conviction : avant que l’homme ne parte à la conquête de la planète, un ordre harmonieux y existait. La végétation y prenait la forme de climax stables. Cet équilibre permettait à des centaines de milliers d’espèces de plantes et d’animaux de coexister. Il se traduisait par la beauté de paysages. L’idéal qui anime les conservationnistes est souvent aristocratique il convient de sauvegarder des ensembles que l’activité des classes moyennes ou modestes menace ; il a également une dimension pratique : il faut éviter le gaspillage de ressources précieuses. Des associations se consacrent à ces actions de protection. Elles essaient d’obtenir des hommes politiques qu’ils créent des réserves et des parcs. La plus célèbre d’entre elle est le WWF, World Wildlife Fund ou Fonds Mondial pour la Nature. La deuxième révolution écologique transforme les données : le problème de la conservation change d’échelle : il ne suffit plus de mettre en défends des zones plus ou moins étendues afin de sauvegarder des morceaux de vraie nature. Il s’agit d’intervenir en un nombre croissant de points, et sur des étendues de plus en plus vastes, car les déséquilibres s’y multiplient. Ils deviennent globaux : on connaissait le rôle de l’effet de serre dans l’équilibre thermique de la terre depuis les travaux de Sven Arrhenius à la fin du XIXe siècle. Le recours croissant aux énergies fossiles augmente l’émission de gaz à effet de serre : cela risque de provoquer un réchauffement climatique, cependant que l’utilisation des fréons,  les composés fluoro-chlorés, menace la continuité de la couche d’ozone, qui protège la terre du rayonnement ultra-violet sur l’apport de la physique de l’atmosphère et de l’écologie à l’analyse de ces transformations : Allègre, 1990 ; Larrère et Larrère, 1997 ; Le Treut et Janovici, 2004. Face à ces nouveaux défis, de nouveaux mouvements écologiques voient le jour dans les années 1960 : dans le monde anglo-saxon, les deux plus représentatifs sont Greenpeace et Friends of the Earth. Ces mouvements attirent des milliers de naturalistes et de chercheurs. C’est au sein de ces organisations non gouvernementales que mûrit la réflexion sur l’équilibre entre nature et sociétés. La deuxième révolution écologique déplace les objectifs des groupes écologiques : créer des parcs ne suffit plus, à l’heure où d’immenses zones sont menacées par la pollution qu’engendrent villes et concentrations industrielles, et où l’on prend conscience de l’effet de serre. L’image traditionnelle de la nature s’efface. Les systèmes écologiques vont de crise en crise (Pickett et White, 1985). Ils ne fonctionnent pas à l’équilibre (Lepart, 1997). L’objectif ne peut plus être de revenir à un état idéal qui n’a sans doute jamais existé. Ce qui compte désormais, c’est de préserver la biodiversité. La notion était familière aux écologistes (Barbault, 1997 ; Blondel, 2005 ; Guillaud, 2005 ; Huston, 1994 ; Le Prestre, 2002 ; Myers et al., 2000 ; Vivien, 2005). Elle prend une valeur politique : on ne se bat plus pour conserver de beaux boisements. On essaie de prévenir une nouvelle grande extinction de la faune, comme l’histoire géologique en a connu plusieurs (Ramade, 1999). La biodiversité s’exprime à trois niveaux : celui de la diversité des espèces, le plus connu, celui pour lequel on dispose du plus grand nombre de travaux ; celui de la diversité des écosystèmes, pris surtout en compte à partir des années 1960 ; celui de la diversité des gènes, que les travaux sur l’ADN permettent de mieux comprendre. La biodiversité paraît d’autant plus importante à préserver qu’elle assume un quadruple rôle :  elle est garante de l’approvisionnement alimentaire des êtres humains ; elle joue un rôle essentiel dans la régulation des écosystèmes, qui sont d’autant moins fragiles que la vie y revêt des formes plus variées ;  elle constitue le support sur lequel les écosystèmes sont bâtis ;  elle fait partie du patrimoine de l’humanité, dans la mesure où elle contribue au bien-être des hommes, prend pour eux une dimension esthétique, et garantit, grâce à l’utilisation de certaines espèces, leur développement économique. Les personnages-clefs dans ces mouvements changent aussi : au naturaliste d’hier se substitue le biologiste. Derrière lui se profile le chimiste. Ce qui compte, au-delà de la multiplicité des espèces, c’est la diversité des gènes et la complexité des molécules qu’ils permettent d’élaborer. L’essor des biotechnologies renforce cette évolution. Pour découvrir les nouvelles molécules dont elles ont besoin pour créer des remèdes plus efficaces, les grandes firmes pharmaceutiques demandent à des ethnobotanistes de les renseigner sur les connaissances que les populations primitives ont acquises des propriétés thérapeutiques des espèces végétales au milieu desquelles elles vivent.

A l’arrière-plan des transformations : les approches sociales de la crise environnementale

La transformation des conceptions que l’on se fait de la nature bouleverse l’interprétation que l’on donne des menaces qui pèsent sur l’environnement. Dans l’optique où étaient nés les mouvements environnementalistes de la fin du XIXe siècle et de la première moitié du XXe, c’étaient les populations paysannes, ou les humanités primitives, qui menaçaient les équilibres naturels. Le verdict reposait sur un fond malthusien : les familles trop nombreuses des populations paysannes obligeaient les jeunes à défricher de nouveaux espaces, réduisant ainsi les étendues boisées. Les élites urbanisées avaient accès aux certitudes de la science moderne ; elles n’avaient que mépris à l’égard des pratiques de ceux qui ne pouvaient mobiliser que de vieux savoirs vernaculaires : les pasteurs étaient sévèrement jugés à cause des feux qu’ils multipliaient pour étendre leurs pâturages et offrir de jeunes pousses à la dent de leurs troupeaux. Dans des pays vides comme l’Ouest des Etats-Unis, la création de parcs naturels où défrichements et feux étaient interdits ne menaçait pas l’équilibre des populations traditionnelles. En Afrique, il en allait autrement : les grands parcs que le colonisateur multiplie en Afrique du Sud et en Afrique de l’Est privent des ethnies entières de leurs territoires de chasse ou de pâturages pour leurs troupeaux. Ces politiques survivent à la fin de la colonisation, elles ont l’avantage de susciter des courants touristiques importants, et de générer des devises dans des pays qui en manquent cruellement. On le rappelle fortement : on s’attache d’abord à mettre l’Afrique sous cloche en la transformant en une sorte de conservatoire de la faune et de la flore qui fait bien peu de cas des besoins des populations. Le monde développé assigne ainsi au continent noir la vocation d’une immense réserve exotique à visée récréative pour des Blancs en mal de nature sauvage et préservée. Pour sauvegarder la nature dans les pays du Tiers Monde, il importe donc d’abord d’y lutter contre la pauvreté en y répandant l’instruction, en y améliorant la santé, en y créant des emplois. Pour les analystes d’aujourd’hui, ce ne sont plus les populations attardées, les masses paysannes des pays industrialisées  ou les populations des pays en voie de développement  qui sont les grandes responsables des atteintes contre l’environnement. C’est le monde industrialisé : c’est parce que ses industries consomment des quantités colossales de charbon, de pétrole, de gaz ou d’électricité de toute origine, et parce que ses populations consomment de plus en plus d’énergie pour chauffer ou climatiser leurs maisons ou pour se déplacer, que les rejets de gaz à effet de serre se multiplient, et que l’équilibre global de la planète se modifie. Pour préserver la nature dans les pays en voie de développement, il convient d’abord d’y arracher les plus pauvres à la misère. Dans les pays riches, il faut persuader les consommateurs et les firmes de se montrer moins gourmands d’énergie et de matières premières. Le lieu où elle sera réalisée doit éviter les zones de grande contamination atmosphérique et acoustique, les lignes électriques et les zones dont le sous-sol présente des failles géologiques. Tout cela peut être analysé au moyen d’une étude géobiologique du terrain. Une autre option intéressante est la réutilisation d’un bâtiment en conservant le maximum d’éléments structurels possibles, ce qui contribuerait à réduire l’impact environnemental du processus de construction. Orientation de la maison. L’orientation de la construction d’un bâtiment est aussi importante que son emplacement. Un bon choix nous aidera considérablement à réduire l’énergie nécessaire à la régulation thermique de la maison. Ainsi, si elle doit être construite dans une zone ensoleillée, elle doit être orientée vers le sud et non vers les zones ombragées. Grâce à ce simple placement, nous aurons un bon confort thermique et environnemental sans coûts énergétiques supplémentaires.

A l’arrière-plan des transformations : l’évolution de la pensée économique

Le mouvement environnementaliste des années 1970 et 1980 aurait donc dû déboucher sur une remise en cause du développement, ou du moins des formes qu’il a prises dans les pays d’économie libérale ou dans ceux qui ont adopté les recettes de l’économie soviétique. Pour ceux qui conçoivent ainsi la sauvegarde de la nature et partant, de l’humanité, une réduction drastique des consommations s’imposerait. En la caricaturant un peu, on peut résumer ainsi leur attitude : Dans une économie saine, l’énergie fossile disparaîtrait. Elle serait réservée à des usages de survie comme les usages médicaux. Le transport aérien, les véhicules à moteur à explosion seraient condamnés à disparaître. Ils seraient remplacés par la marine à voile, le vélo, le train, la traction animale. Bien entendu, toute notre civilisation serait bouleversée par ce changement par rapport à l’énergie. Il signifierait la fin des grandes surfaces au profit des commerces de proximité et des marchés, des produits manufacturés peu chers importés au profit d’objets produits localement, des emballages jetables au profit des contenants réutilisables, de l’agriculture intensive motorisée au profit d’une agriculture paysanne. Le réfrigérateur serait remplacé par une pièce froide, le voyage aux Antilles par une randonnée à vélo dans les Cévennes, l’aspirateur par le balai et la serpillière, l’alimentation carnée par une nourriture quasi végétarienne, etc.  Les tenants de l’écologisme débouchent ainsi sur une éco politique très critique. Ils voudraient initier un cycle de décroissance économique pour diminuer les pressions sur l’environnement. Au début des années 1970, certains chercheurs se demandent si des solutions aussi radicales s’imposent. Ils essaient de concilier sauvegarde de l’environnement et croissance modérée. Ils prônent l’écodéveloppement ; le terme a sans doute été inventé. Au pessimisme radical de ceux qui désirent imposer des limitations sévères à la croissance pour stopper la dégradation planétaire de l’environnement, et à la sagesse de ceux qui essaient de concevoir un écodéveloppement très prudent, s’oppose un courant beaucoup plus optimiste, il s’inspire de l’économie néo-classique. Lorsqu’ils procèdent à des échanges marchands, les hommes considèrent comme équivalents des biens qui ne se ressemblent pas et qui n’ont pas les mêmes usages : on parle de leur « marchandisation » ou de leur commodification. Il est ainsi possible de les vendre et de les acheter : on sait depuis Adam Smith que cela conduit à la spécialisation du travail et au progrès.

Gestion des biens environnementaux et recours au marché

Nombreux sont les économistes néo-libéraux qui pensent donc que la croissance peut se poursuivre de manière durable. Encore faut-il, pour y parvenir, que les rentes liées à l’exploitation des ressources naturelles soient effectivement affectées à la constitution d’un capital reproductible. Pour les ressources naturelles, comme le pétrole, la raréfaction de la ressource conduira à la hausse des prix : cela incitera les grandes compagnies à pousser la prospection dans des zones encore négligées, et à domestiquer d’autres formes d’énergie :  La règle de Hotelling enseigne que le prix de vente des ressources non renouvelables ne doit pas être fonction des coûts d’extraction de ces ressources, mais de leurs stocks encore exploitables, de sorte que ce prix reflète la perte d’utilité des générations à venir qui ne pourront pas compter sur une matière première disparue. Ainsi, plus une ressource se fait rare, plus les consommateurs devront la payer cher quel que soit son coût de production. Comment prendre en compte, en revanche, ce que l’économie tire de l’exploitation de biens naturels libres, comme l’air ou l’eau ? C’est là un problème essentiel : tant que les industriels et les ménages n’en paient pas la consommation, ils ne les prennent pas en compte dans leurs calculs. Deux solutions sont alors envisageables : la taxation, qui permet de prélever des sommes sur ceux qui polluent, et de les reverser à un fond destiné à améliorer la qualité des eaux et de l’air ;  le recours au marché. C’est cette seconde solution qui a la faveur de beaucoup d’économistes libéraux. Depuis l’article de Garett Hardin sur le paradoxe des biens communs (Hardin, 1968), on sait que la privatisation constitue un moyen efficace pour responsabiliser les acteurs économiques, car ils ne peuvent plus faire peser sur d’autres les coûts qu’engendrent leurs propres décisions.  La privatisation présente cet avantage d’inciter les propriétaires de l’environnement à gérer de manière responsable la ressource rare. Ici, c’est donc à travers le marché, en parlant au porte-monnaie et non à la bonne conscience des individus, qu’on les conduit à être écologiquement responsables. L’idée de possible privatisation de la nature n’est pas nouvelle.  Un système de permis d’émission négociables est un instrument administratif de régulation dans lequel on introduit de la flexibilité pour permettre aux acteurs privés de s’adapter aux moindres coûts aux objectifs environnementaux fixés par la puissance publique, celle-ci étant dans l’incapacité d’affecter à chacun des contraintes justement réparties, c’est-à-dire de garantir une situation où aucun des acteurs n’est indûment pénalisé. Le marché peut-il aussi assouplir le jeu des contraintes que la volonté de préserver la biodiversité introduit aussi dans la vie de l’économie ? Sur un point, cela est réalisable : la biodiversité est un avantage qui bénéficie aux firmes pharmaceutiques qui mobilisent les connaissances botaniques de populations primitives pour détecter des molécules performantes dans la lutte contre telle ou telle maladie. Ces connaissances ont jusqu’ici étaient considérées comme des biens libres. Ne peut-on les traiter comme toutes les autres connaissances, c’est-à-dire leur attacher des droits de propriété intellectuelle ?